Qui est Bernard Sérizier ?

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      Sa BIOGRAPHIE   :

  Bernard Sérizier est né le 28 mai 1912 en Cochinchine (une partie du Vietnam actuel) où son père est administrateur public. Mais la vie indochinoise est terminée car Pierre Sérizier est mobilisé lors de la guerre de 14-18.

   Puis la famille s’installe à Bordeaux. Bernard y est lycéen, et entre major à l’École Supérieure de Commerce. Pendant son service, il effectue une formation militaire supérieure de cavalerie et devient sous-lieutenant. De retour à la vie civile, il devient inspecteur commercial dans la Société ÉVERITE.

   En 1937, il épouse Jeanne Rivière, (qui habite en Saintonge, où son père dirige l’usine à gaz de Saintes). Le couple s’installe à Bordeaux. Mais les bruits de bottes se font assourdissants et en 1939, à la déclaration de guerre, Bernard est mobilisé comme officier du train au Q.G. de la 36ème division d’infanterie. Après la drôle de guerre, c’est l’attaque allemande qui submerge l’armée française. Impuissant, Bernard Sérizier est fait prisonnier dans les Vosges avec ses compagnons. Pour lui et pour des milliers de prisonniers de guerre, commence une aventure de 5 années. Bernard va parcourir 2 300 kilomètres en chemin de fer (souvent des wagons à bestiaux), 550 kilomètres à pied, séjourner dans 5 camps différents dont le célèbre camp de COLDITZ…

 

   Après la Libération, pendant ses vacances, il vient souvent rendre visite aux parents de son épouse à Courcoury. Il tombe amoureux de la Saintonge et de sa douceur de vivre. Il achète la maison “Le Clos” à Thénac. Tout est abandonné depuis 10 ans, le jardin est hirsute, mais il est séduit instantanément par le charme de ces vieilles pierres et par l’architecture saintongeaise. Pendant 7 ans, avec passion, avec l’aide de sa famille, il va redonner vie à la vieille bâtisse. La vie pourrait être douce si son épouse n’était atteinte de la maladie d’Alzheimer qui va lentement dégrader cette femme douce, cultivée et si belle. Pour Bernard Sérizier commence une lutte de chaque jour contre la maladie. Il s'occupera avec infiniment d’amour de sa femme sans jamais l’hospitaliser, même si c’est très difficile.

   Et il lui faut désormais vivre seul. Plus disponible, il achève son récit de captivité qu’il écrit avec fidélité et précision. C’est aussi à ce moment-là qu’il devient le dessinateur du journal “Vivre Ensemble à Thénac”. Il croque avec délice les acteurs de la vie du village et les réunions de préparation du journal se font dans un bonne humeur continue. Son œil acéré traque tout ce qui peut être drôle ou insolite.

   Il vieillit bien sûr et se moque de lui, de sa surdité, de ses problèmes de mobilité. Mais à 83 ans, il est toujours debout et d’une clarté intellectuelle sans faille. Le destin a choisi pour lui une mort brutale au volant de sa voiture le 16 mars 1996. Le choc fut immense pour sa famille et ses amis, mais Bernard Sérizier a maîtrisé sa vie jusqu’au bout… et cela était son constant souci.

RAPPEL HISTORIQUE par Bernard Petit, professeur agrégé d’histoire, maire-adjoint à Thénac

  Pour Bernard Sérizier, la période de la guerre a représenté, une rupture dans une vie remarquablement menée. Pendant six ans, les hasards du destin déterminent le sort de millions d’hommes. Prise dans la mobilisation, la vie militaire ordinaire, le choc de juin 1940, puis la reddition, la vie d’un jeune officier de réserve prend une autre tournure avec la longue détention de prisonnier de guerre. L’ampleur et la rapidité de la défaite du printemps 1940, ne doit pas occulter la somme de courage et de sens du devoir de l’immense majorité des trois millions de combattants français.

  Grande unité d’active, assez bien équipée, la 36ème division d’infanterie est restée en réserve lors de la percée allemande du mois de mai, mais elle s’est remarquablement comportée lors de l’assaut final de juin, affrontant avec succès deux divisions allemandes d'infanterie. Obligée à un repli catastrophique du fait de la rupture du front de l’Aisne et de la rapidité de l’exploitation des unités blindées allemandes, la division s’est délitée et a été capturée par paquets tout au long de la route du calvaire sous une chaleur torride.

  1 850 000 prisonniers, dont 170 généraux sont ainsi capturés lors de la compagne de France, soit une large majorité des troupes combattantes ; 92 000 ont cessé de vivre ; les 45 000 tués et disparus de l’armée allemande prouvent que la lutte a été inégale mais aussi acharnée surtout au début du mois de juin devant Paris. À la fin de l’été 1940, 1 580 000 Français se retrouvent dans les camps sur le territoire allemand.

  Les officiers, depuis leur capture, vivent séparés des soldats et sont regroupés dans des “offizierelager”. Les conventions de Genève fixent des règles précises qui garantissent de ne pas avoir à travailler au service de l’ennemi pour les officiers et les sous-officiers et fixent même les rations alimentaires minimales. Celles-ci ne seront d’ailleurs que rarement atteintes, y compris pour les officiers. Les simples soldats seront astreints au travail dans 82 000 kommandos ou maintenus dans 56 stalags. Les stalags, comme les 14 oflags, sont numérotés en fonction de la région militaire et de la date de création du camp: ainsi Lübben, oflag III C, est le 3ème camp de prisonniers de la région militaire de Berlin. Deux oflags plus durs regroupent les récidivistes de l’évasion et les cas particuliers comme les officiers juifs. Bernard Sérizier les rencontrera vers la fin de sa captivité à Lübeck et surtout à Colditz.

Les généraux sont internés dans des forteresses comme celle de Konigtein dont s'évade le plus célèbre prisonnier français, le Général Giraud en 1942. La vie oisive des officiers est exposée avec une grande justesse par Bernard Sérizier avec les discussions, la lecture, le théâtre, et les créations en tout genre, selon les spécialités de chacun. La promiscuité, les privations de toutes sortes, le mépris des Allemands, ont rendu la vie pénible pour ces jeunes gens très actifs avant la guerre.

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Jeanne et Bernard Sérizier

 

Bernard Sérizier, par lui-même

Mémoires de captivité
Prélude : mai 1940

Depuis huit mois, c’est la “drôle de guerre”.
Notre division, partie du Sud-ouest, s’est trouvée engagée,
dès la mi-septembre, sur le front de la Sarre, devant Thionville,
où l’infanterie se bornera à quelques escarmouches des Corps Francs, et où les autres unités en feront encore moins.

Au début de janvier, nous glissons vers l’Ouest pour prendre position en face du Luxembourg. Le Quartier Général de la division s’installe à Audun-le-Roman, où nous subirons, sur ce plateau balayé par les vents, un hiver sibérien. Le thermomètre descendra souvent à moins 25 degrés et même plus bas.

Mais d’opérations guerrières, point. Puisqu’on nous laisse tranquilles, semblent penser nos états-majors, pourquoi irions-nous provoquer l’ennemi ? Esprit offensif qu’illustrait remarquablement ce titre paru dans le Figaro de l’époque :

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